Chōjun Miyagi est assurément le maître qui a posé, au Japon,
les bases du Gōjū-Ryū et du karaté en général. Il ouvre son
premier dojo, l'Okinawa Karate Jutsu Kenkyukai, et fait
évoluer l'enseignement de son maître en y intégrant des
techniques respiratoires issues du ch'an chinois — un
concept qui prendra au Japon le nom bouddhique de zen.
La première démonstration publique de ce qui deviendra
le Gōjū-Ryū a lieu en 1924, lors de la visite à Okinawa
de Jigorō Kanō, fondateur du judo. Séduit, Kanō y retournera
à plusieurs reprises. Miyagi entreprend alors de faire
reconnaître le Naha-te comme discipline budō à part entière,
au même titre que le judo ou le kendō — rejoignant ainsi
un projet que Gichin Funakoshi portait depuis 1922, sans
grand succès.
En 1928, Miyagi se rend à Kyoto pour étudier la possibilité
d'implanter le karaté en région centrale du Japon. Malgré
de nombreuses démonstrations, notamment dans les universités,
l'accueil reste réservé : la reconnaissance du karaté comme
discipline budō dépend en réalité de l'acceptation du
Dai Nippon Butoku Kai, l'organisme d'État chargé de contrôler
tous les arts martiaux du pays.
En 1929, cet organisme réunit une grande démonstration pour
célébrer l'avènement de l'empereur Shōwa. Miyagi y délègue
l'un de ses meilleurs élèves, Jinan Shinzato. Interrogé sur
le nom de son école, celui-ci répond : « Anko-ryū », soit
« l'école semi-dure ». De retour à Okinawa, l'anecdote amuse
tant Miyagi qu'il décide de nommer officiellement son style
Gōjū-Ryū : l'école du gō, le dur, et du jū,
le souple.
En 1935, Chōjun Miyagi se présente à l'examen officiel de
maître budō devant les autorités du Dai Nippon Butoku Kai
— une première pour un maître de karaté. Il obtient le
titre de kyōshi, le plus haut accordé à l'époque à une
discipline encore jeune aux yeux du Japon continental,
concrétisant enfin le projet que Funakoshi portait depuis
des années : faire admettre le karaté comme art martial
à part entière.