27 SEPTEMBRE 2023 · MIS À JOUR LE 12 SEPTEMBRE 2026
L'héritage de Kenwa Mabuni : la rencontre de deux grands maîtres
d'Okinawa dans un seul et même style.
Le Shitō-Ryū est un style de karaté moderne, originaire
d'Okinawa, élaboré par Kenwa Mabuni. Mabuni choisit d'appeler
son style Shitō-Ryū en l'honneur de ses deux principaux
maîtres, Ankō Itosu et Kanryō Higaonna : « Shitō » est
composé des deux premiers kanjis de leurs noms respectifs.
Originaire d'Okinawa, Mabuni ouvrit de nombreux dojos aux
environs d'Ōsaka, où se situe encore aujourd'hui la majeure
partie des pratiquants du style.
Kenwa Mabuni
Né à Shuri, sur l'île d'Okinawa, en 1889, Kenwa Mabuni
descend de la célèbre famille de samouraïs Onigusuku.
Peut-être en raison de sa constitution fragile, il commence
dès l'âge de treize ans l'apprentissage du shuri-te dans
sa ville natale, sous la tutelle du légendaire Ankō Itosu.
Il s'entraîne avec assiduité pendant de nombreuses années,
apprenant un grand nombre de katas auprès du maître —
dont les katas pinan, qu'Itosu élabora lui-même,
probablement dérivés du kata kushanku.
Un de ses proches amis, Chōjun Miyagi (fondateur du
Gōjū-Ryū), présente Mabuni à une autre figure majeure de
l'époque, Kanryō Higaonna, auprès de qui il commence à
apprendre le naha-te. Bien qu'Itosu et Higaonna enseignent
tous deux une forme « dure-souple » de l'okinawa-te, leurs
méthodes diffèrent sensiblement : l'enseignement d'Itosu
privilégie des techniques directes et puissantes, comme
celles des katas naifanchi et bassaï, tandis que celui de
Higaonna s'articule autour du déplacement circulaire et
du combat rapproché, visibles dans les katas seipai et
kururunfa. Aujourd'hui encore, le Shitō-Ryū se concentre
à la fois sur les techniques souples et dures héritées
de ces deux traditions.
Resté fidèle à ses deux maîtres, Mabuni cherche cependant
à enrichir son apprentissage auprès d'autres professeurs :
Seisho Aragaki, Tawada Shimboku, Sueyoshi Jino, ou encore
le maître chinois Wu Xianhui, connu sous le nom de
Go Kenki. Il devient légendairement connu pour sa
connaissance encyclopédique des katas et de leurs
applications (bunkai) : dès les années 1920, il fait
figure de référence sur les katas d'Okinawa et leur
origine, recherché par ses contemporains aussi bien
en Chine, à Okinawa qu'au Japon. Devenu policier, il
enseigne aux autorités locales et, sur l'encouragement
d'Itosu, dans les diverses écoles de Shuri et de Naha.
Durant ces mêmes années, Mabuni fréquente un club de
karaté animé par Miyagi et Choyu Motobu, avec l'aide de
Chomo Hanashiro et Juhatsu Kiyoda — Motobu étant expert
en shuri-te et en gotende, l'art secret de lutte de la
cour royale d'Okinawa, tandis que Hanashiro maîtrise
également le shuri-te, et Kiyoda comme Miyagi le naha-te.
Connu sous le nom de Ryūkyū tōde kenkyū-kai
(« club de recherche du karaté des Ryūkyū »), ce dojo
devient légendaire : des experts d'horizons variés s'y
croisent et s'y forment. C'est là que Mabuni apprend
certaines techniques de kung-fu de la grue blanche du
Fujian, auprès du légendaire Woo Yin-gue, un marchand
de thé chinois installé à Okinawa.
De Shuri à Ōsaka
Entre 1917 et 1928, Mabuni effectue plusieurs voyages à
Tōkyō afin de faire connaître le karaté sur les îles
principales du Japon. Alors que le tōde (le « poing de
Chine ») s'était longtemps transmis comme un secret
jalousement gardé de génération en génération, Mabuni
porte la conviction que cet art devrait être enseigné à
quiconque le recherche avec honnêteté et intégrité — une
vision que partagent nombre de ses contemporains, à
l'image de Gichin Funakoshi, fondateur du Shōtōkan-ryū,
lui-même installé à Tōkyō dans les années 1920 pour y
promouvoir son art.
En 1929, Mabuni s'installe à Ōsaka pour devenir instructeur
de karaté à plein temps, dans un style qu'il nomme alors
hankō-ryū, le style « semi-dur ». Pour obtenir la
reconnaissance officielle du Butoku Kai — l'instance
gouvernant tous les arts martiaux du pays —, lui et ses
contemporains choisissent de désigner leur art par le mot
karaté, « main vide », plutôt que « main de Chine », afin
de lui donner une consonance plus japonaise. C'est à peu
près à cette période qu'il renomme définitivement son
style Shitō-Ryū, en l'honneur de ses deux maîtres. Avec
le soutien de Ryūshō Sakagami, il ouvre plusieurs dojos
dans la région d'Ōsaka, dont celui de l'université Kansai
et le dojo Karatedō Kai — une région qui reste, aujourd'hui
encore, le principal bastion du style.
Mabuni publie plusieurs ouvrages et continue de
systématiser sa méthode d'apprentissage. À l'automne de
sa vie, il développe de nouveaux katas, comme aoyagi,
conçu spécifiquement pour l'autodéfense des femmes.
Sans doute plus que tout autre maître du XXe siècle, il
est versé dans les traditions et l'histoire du karaté,
tout en restant assez avant-gardiste pour pressentir
que cet art pourrait un jour se répandre dans le monde
entier.
Kenwa Mabuni meurt en 1952 et cède le flambeau à ses
fils, Kenei et Kenzō — ce dernier s'éteindra le 26 juin
2005.
Les cinq principes du Shitō-Ryū
Le Shitō-Ryū est, avec l'Uechi-ryū, l'un des grands styles
majeurs du karaté. Il repose sur cinq principes
fondamentaux, connus sous le nom d'uke no go gensoku.
Rakka — « comme une fleur qui tombe »
Bloquer avec une force telle que, appliqué sur un
tronc d'arbre, le blocage en ferait tomber toutes
les fleurs. Le geste doit non seulement stopper
l'attaque, mais l'annihiler en une seule technique
— comme un uchi ude uke exécuté en puissance face
à une attaque directe.
Ryūsui — « comme l'eau qui s'écoule »
Évoluer en harmonie avec les mouvements de
l'adversaire, en les utilisant comme appui à sa
propre défense : un déplacement fluide plutôt
qu'une opposition frontale, comme un détournement
d'attaque par un blocage circulaire ou une main
ouverte glissant le long de l'attaque.
Kūshin — « se baisser »
Contrôler l'attaque par le mouvement des genoux,
en gardant le dos droit : la hauteur du corps
ajuste l'équilibre et la force des jambes, si bien
que peu d'effort suffit à contrôler l'attaque —
entrer et sortir rapidement, comme une guêpe qui
pique à l'intérieur de la garde.
Ten'i — « mouvement du corps »
Éviter l'attaque par le déplacement du corps,
dans toutes les directions, pour troubler
l'adversaire et préparer la contre-attaque —
s'effacer ou se dégager rapidement plutôt que
de rester sur la trajectoire du coup.
Hangeki — « contre-attaque »
Si nécessaire, rendre l'attaque à l'adversaire par
une contre-attaque décisive et puissante. Les
quatre premiers principes suffisent souvent à
eux seuls, mais le corps et l'esprit doivent
rester prêts à cette réponse ultime — une bonne
défense reste parfois l'attaque, par anticipation
(sen no sen).
Et du côté du Wado-Ryu ?
Le Shitō-Ryū tire sa richesse d'un très large répertoire
de katas, hérité à la fois du shuri-te d'Itosu et du
naha-te de Higaonna — l'un des styles au catalogue
technique parmi les plus vastes du karaté. Le
Wado-Ryu
— le style que nous pratiquons au club — part d'une
ambition différente : un répertoire plus resserré, mais
entièrement construit autour de l'esquive et du
déplacement du corps hérités du jūjutsu.
Un point commun, malgré tout : le principe de Ten'i
(« mouvement du corps ») que l'on retrouve dans le
Shitō-Ryū n'est pas si éloigné de l'esprit du Wado-Ryu.
Retrouvez nos katas et techniques dans le
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articles sur le
Shōtōkan-ryū
et le
Gōjū-Ryū.